L’agriculture urbaine au coeur de la stratégie alimentaire

En pleine terre ou en hauteur, de plus en plus de potagers prennent racine en ville. Pas besoin de posséder un grand jardin, parfois les légumes poussent même dans la rue, au pied des immeubles, sur les balcons, les rebords de fenêtre ou les toits, avec des résultats surprenants. Les objectifs sont multiples: nourrir les citadins, retrouver la saveur des aliments, réduire les distances de transport ou encore améliorer les espaces de vie. 

Autrefois considérée comme l’apanage des paysans, l’agriculture séduit aujourd’hui de nombreux citadins désireux de se réapproprier le contenu de leur assiette. Jardinières comestibles, potagers sur les toits, parcelles communautaires, fermes verticales,… ces nouveaux genres de culture urbaine fleurissent comme autant de promesses de tomates juteuses, de fraises au goût naturellement sucré et de parfums enivrants d’herbes aromatiques, qui contrastent avec les mêmes produits aux saveurs fades et parfois venus des antipodes achetés dans les supermarchés.

En marge de l’agriculture industrielle, gourmande en énergies fossiles, l’agriculture urbaine se présente, sous ses multiples formes, comme une solution d’avenir pour notre planète. Car produire une partie de son alimentation chez soi ou à proximité permet de réduire  les émissions de gaz à effet de serre de la filière alimentaire (production, intrants chimiques, emballages, transports, etc.) – estimées à 31% en Belgique – et de répondre aux défis démographiques, sachant que la Terre comptera 10 milliards d’habitants en 2050 et que les terres arables s’amenuisent. L’agricululture traditionnelle ne pourra probablement plus répondre à la demande alimentaire.

Au coeur de la nouvelle stratégie alimentaire

Si les Etats-Unis, le Canada et certains pays asiatiques comme Singapour sont à l’avant-garde en la matière avec, entre autres, des projets de fermes verticales high tech, la Belgique, elle, reste modeste. En Wallonie et à Bruxelles, ce n’est que très récemment que l’agriculture urbaine a été intégrée aux programmes politiques.

Aujourd’hui, les objectifs sont enfin fixés: à travers son plan d’actions intitulé Good Food et adopté début 2016, la Région de Bruxelles-Capitale veut produire 30% de ses fruits et légumes en ville ou en périphérie d’ici 2035, former les acteurs de terrain à l’agriculture durable et réduire le gaspillage alimentaire de 20% d’ici 2020. Au sud du pays, la stratégie wallonne pour le développement durable mettra l’accent sur la visibilité des produits wallons et issus de l’agriculture durable, le soutien à l’innovation (notamment pour réduire les emballages alimentaires jetables) ou encore la diffusion des compétences pour l’installation de potagers.

L’agriculture de proximité et l’auto-production sont ainsi encouragées. Que ce soit sur des friches, espaces verts ou de voirie, toitures, caves ou parkings inoccupés.

Rendre les villes auto-suffisantes?

Cela reste utopique. L’agriculture urbaine ou péri-urbaine est incapable de subvenir à tous les besoins alimentaires d’une ville (la production de céréales, par exemple, n’est pas adaptée), mais elle s’impose comme un complément. Et dans cette perspective, les résultats sont encourageants. « A Singapour, jusqu’à 50% des besoins en légumes sont produits en ville, entre autres grâce à des cultures en étages pour limiter l’espace qu’elles occupent »,  commente le professeur en agriculture urbaine à la faculté Agro-Bio Tech de Gembloux, Haissam Jijakli.

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Potage-Toit, Bibliothèque royale de Belgique, Bruxelles

A Bruxelles, outre la volonté du gouvernement régional de mobiliser 600 ha de terres agricoles pour nourrir partiellement la ville d’ici 2035, « on compte aussi 250 à 350 potagers communautaires créés à l’initiative des citoyens, en plus des potagers individuels« , poursuit le Pr Jijakli. S’il n’y a pas de quoi nourrir l’ensemble de la population, le potentiel existe pour y contribuer.

Par ailleurs, tous les végétaux ne doivent pas nécessairement être cultivés en milieu urbain, qui est surtout avantageux pour les fruits et légumes qui risquent de perdre leur fraîcheur et leurs valeurs nutritives dans le transport.

Un secteur d’avenir

Les formations pratiques au jardinage et maraîchage urbains se multiplient dans les grandes villes et attirent de plus en plus de curieux. Bien souvent dispensées par des ASBL, certaines d’entre elles sont même gratuites.

Mais au-delà d’un certain effet de mode, l’agriculture urbaine est aménée à se développer encore. Elle s’inscrit dans le renforcement de la résilience des villes face au changement climatique et peut être réalisée à peu près sur toutes les surfaces. Elle pose dès lors la question de l’aménagement du territoire et fait appel aux urbanistes et architectes qui doivent l’intégrer au mieux au tissu urbain.

Au centre de conseils en agriculture urbaine de Gembloux Agro-Bio Tech, les demandes d’encadrement de projets sont d’ailleurs en hausse. « Nous avons d’ailleurs lancé un certificat universitaire en agriculture urbaine et péri-urbaine en février« , indique le Pr Jijakli. C’est une première en Belgique. Il s’agit d’accompagner et de former les institutions publiques, le secteur immobilier, le secteur de la construction et les architectes dans la réalisation de projets intégrant l’agriculture urbaine.

Selon le centre de Gembloux Agro-Bio Tech, cette formation répond à un besoin « essentiel et urgent », à savoir: « préparer les acteurs concernés mais également la population à relever un défi majeur : nourrir les villes sans épuiser les ressources foncières et biochimiques de la planète tout en faisant face aux aléas climatiques grandissants« .

5 réflexions sur “ L’agriculture urbaine au coeur de la stratégie alimentaire ”

    1. Super, c’est le bon moment! Si tu as besoin de quelques conseils, n’hésite pas à revenir bientôt sur le site, le prochain post sera un DIY :-). En attendant, je peux déjà te dire que les épinards, la roquette et la laitue à couper sont très faciles à cultiver dans des pots. Bon amusement ce week-end! 🙂

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